ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes
 

Un premier Rendez-vous avec les Autochtones réussi

femme et jeune fille autochtones
Une série de trois rencontres

Afin de mieux connaître les réalités éducatives des adultes autochtones, l’ICÉA planifie une série de trois journées, dont la première a eu lieu le 23 septembre dernier. L’objectif de ce Premier Rendez-vous était de faire connaissance avec les réalités des Autochtones du Québec. La journée a été riche d’apprentissages tant sur les plans intellectuels qu’expérientiels.

Une journée bien remplie

Tout d’abord, la cinquantaine de personnes présentes étaient installées en cercle, à la manière traditionnelle des Autochtones. Cette disposition permet à chacune et chacun de se voir mutuellement. Non seulement elle permet un « effet miroir », mais elle contrecarre l’effet unidirectionnel qu’impose la disposition où l’auditoire est complètement tourné vers une seule personne installée devant lui. Cela permet, entre autres, d’apprendre les uns des autres et non seulement de recevoir passivement un savoir dispensé par une seule personne. C’est d’ailleurs une méthode qu’utilise une enseignante au niveau collégial qui était présente.

À la manière autochtone, la journée a été ouverte par un aîné, monsieur Wahiakeron Gilbert, membre de la nation Kanien’kehà : ka (Mowhak). Ensuite, des équipes de quatre personnes ont été formées pour l’activité du bingo éducatif. Chacune des équipes devait répondre à une série de questions portant sur les réalités autochtones. Pour gagner, les équipes devaient obtenir les bonnes réponses des questions formant une ligne horizontale, verticale ou oblique sur la carte de bingo. 

Nicole O’Bomsawin, de la nation abénakis (Algonquien), animait cette activité. Elle a expliqué pourquoi nous avons choisi le bingo comme activité d’apprentissage. Loin de représenter un cliché, le bingo constitue une activité rassembleuse. C’est une occasion de se relier à la communauté par le biais de la radio locale qui nomme les chiffres de bingo tout en diffusant des informations qui touchent la communauté et en annonçant des activités.

L’après-midi a été l’occasion d’expérimenter l’impact de l’arrivée des Européens sur le territoire québécois habité par les Autochtones. Le grand intérêt de cette activité participative était d’apprendre tout en vivant nous-mêmes, un tant soit peu, l’histoire coloniale. Cette formule pédagogique animée par Diane Labelle, de la nation Kanien’kehà :ka, faisait appel tant à notre intelligence intellectuelle qu’émotionnelle. Une combinaison riche qui favorise une intégration des connaissances tant par l’esprit que par l’expérience.

Comprendre les réalités sociales

Ce premier rendez-vous a été l’occasion de se sensibiliser aux réalités sociales des Autochtones, d’hier à aujourd’hui. Nous n’avons qu’effleuré le sujet puisque beaucoup reste encore à dire et à apprendre. De façon impressionniste, voici des commentaires, questions et des réponses soulevés :

  • La journée a permis une prise de conscience des conséquences négatives de l’histoire sur les Autochtones. Au premier chef, les pensionnats qui avaient pour objectif avoué et écrit en toutes lettres de « tuer l’indien au sein de l’enfant ». Il s’agissait d’un projet politique et curriculaire. 
  • En contrepartie, on constate la résilience de ces peuples. Le seul fait d’avoir duré jusqu’à nos jours malgré la tentative de génocide constitue en soi un exploit. Reste qu’il y a plusieurs blessures à guérir pour résoudre les problèmes générés par la colonisation et qui se manifestent encore. Un nouveau souffle chez les jeunes autochtones se fait sentir; cette génération n’accepte plus l’oppression.
  •  Comment les communautés autochtones peuvent-elles se réorganiser? Est-ce possible de retrouver l’organisation sociale d’origine? Ou à tout le moins, de s’en approcher?Réponses : Les communautés doivent reconnaître et identifier les impacts de la colonisation. Pour se faire, une sensibilisation doit se faire au sein même des communautés.

Plusieurs questions ont aussi traité d’éducation.

L’éducation : un lieu à modifier

D’aucuns ont souligné l’importance de modifier les curriculums scolaires. L’objectif étant de mieux répondre aux besoins et intérêts des populations autochtones et de mieux refléter leurs cultures, leurs savoirs et leurs façons de faire. On pense entre autres aux méthodes d’évaluation qui mènent trop souvent à des échecs, surtout quand les examens se font dans la langue seconde des personnes (anglais ou français).

Il semble qu’il y ait un mouvement qui va dans le sens d’intégrer davantage d’histoire des Premières Nations et des Inuits, mais il reste encore beaucoup à faire. Des enseignantes et enseignants soulignent que leur bonne volonté est parfois limitée par les administrations. Il faudrait trouver le moyen de les sensibiliser à ce sujet. On note également un besoin de former le corps enseignant aux réalités, besoins et cultures autochtones.

On propose également de reconnaître les langues autochtones comme langue seconde officielle.

Devant l’histoire coloniale, les violences et les inégalités qui perdurent, plusieurs ont demandé comment les allochtones (non autochtones) peuvent contribuer à redresser la situation. 

Devenir des alliées

Devant tant d’injustice et de souffrance, une participante demandait comment les Allochtones peuvent soutenir la cause des Autochtones. Plusieurs avenues ont été proposées, dont celles-ci :

  • Un outil qui propose différentes avenues a été distribué à toutes les personnes présentes. Ce document s’intitule Trousse d’outils pour les alliées aux luttes autochtones. Il est disponible en ligne, en cliquant ici. L’une des premières lignes de cet outil indique que « le féminin est utilisé pour alléger le texte ». C’est ce que nous avons repris dans le sous-titre du présent article (Devenir des alliées). Vous y trouverez plusieurs moyens d’agir personnellement et collectivement.
  • L’un de ces moyens consiste à se former nous-mêmes en lisant, en regardant des vidéos et des films, en fréquentant des pow-wow, etc. À ce titre, différentes références ont été données en cours de journée. Elles ont été regroupées dans un document accessible à la fin du présent article. 
  • On peut valoriser les savoirs et les cultures autochtones.
  • Sensibiliser nos proches, nos partenaires, nos collèges, notre entourage.
  • Poser des questions à nos député.e.s, notamment en cette période électorale, et aux gouvernements.
  • Enfin, pour reprendre une image évoquée, il faut accepter le fait qu’Autochtones et Allochtones vivent chacun sur une des deux rives de la même rivière. Cependant, il est possible d’avancer ensemble, chacun sur notre rive.

En ce qui concerne l’ICÉA, nous allons poursuivre notre travail en organisant une deuxième rencontre. Pour l’occasion, nous avons demandé aux personnes présentes ce qu’elles souhaitaient aborder au deuxième rendez-vous. Voici quelques-unes des suggestions.

Pour la suite

Plusieurs demandes avaient trait à l’éducation, ce qui est d’ailleurs souhaité par l’ICÉA puisqu’il s’agit de notre principale mission en ce qui concerne les adultes. Par exemple, on souhaite voir des programmes concrets destinés aux Autochtones qui se trouvent tant dans les communautés qu’à l’extérieur. On voudrait connaître des projets qui fonctionnent afin de s’en inspirer. On cherche à connaître des moyens pour arrimer les besoins des Autochtones dans un système pensé d’abord pour les Allochtones.

Le comité organisateur se réunira à nouveau pour préparer le deuxième rendez-vous. Celui-ci devrait avoir lieu au printemps prochain, en 2020. Surveillez notre site ou devenez membres de l’ICÉA afin de recevoir notre bulletin. 

C’est donc un (deuxième) rendez-vous!