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ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes

L’Internationale de l’Éducation (IE) se réunit à Montréal : défendre une vision humaniste de l’éducation

Logo campagne uni pour l'ÉducationDu 27 au 30 mai 2014, l’Internationale de l’Éducation (IE) a tenu à Montréal une grande Conférence mondiale sur l’éducation. L’ICÉA était présent à cette rencontre, notamment, en tant que représentant du Conseil international d’éducation des adultes (ICAE). La conférence de l’IE survient au moment où l’UNESCO mène une vaste consultation des États et des parties prenantes en éducation en vue de définir un nouvel agenda mondial pour l’éducation (Agenda post-2015). Dans ce contexte, la mobilisation des enseignantes et des enseignants est capitale, ceux-ci et celles-ci étant au cœur du système d’éducation et du processus d’apprentissage.

Un choc des cultures

Plusieurs interventions lors des différents panels de la conférence ont fait état du conflit de valeurs entre une conception humaniste de l’éducation et des cadres de gestion technocratique. Pour un des panélistes, la conception humaniste met à l’avant-scène la collaboration, la personnalisation, la responsabilisation, la professionnalisation et l’équité, tandis que l’approche gestionnaire technocratique repose sur la compétition, la standardisation, l’imputabilité, le capital humain et le choix. Selon que l’on adopte l’un ou l’autre de ces points de vue, la manière de définir la qualité, l’équité et l’inclusion diffèrera, orientant conséquemment les politiques en éducation selon différentes priorités d’action. Globalement, lors de la conférence, plusieurs interventions se sont clairement et fermement opposées à ces cadres gestionnaires qui, en bout de piste, marginalisent ou dénaturent la relation éducative entre l’enseignante, l’enseignant et les élèves.

Parmi les problèmes spécifiques évoqués lors de la conférence, certains impliquent des processus et des instruments qui sont devenus centraux dans la gestion de l’éducation. Par exemple, les test PISA, réalisés sous l’égide de l’OCDE, orientent de plus en plus les réformes éducatives des pays. Pourtant, ont fait valoir des interventions à la conférence de l’IE, ces tests proposent une conception tronquée de l’éducation et ils découlent d’une idéologie gestionnaire de l’éducation qui ne prend pas en compte la nécessité de répondre de manière adaptée aux besoins et aux conditions socioéconomiques et familiales des jeunes.

Autre source d’inquiétude : la privatisation de l’éducation des jeunes. Des enseignants et des enseignantes ont témoigné de la place de plus en plus prépondérante que les établissements privés d’éducation prennent dans les politiques éducatives de leur gouvernement. À cet effet, plusieurs ont appelé à lutter contre l’inclusion des services éducatifs dans les accords commerciaux transcontinentaux, notamment, l’accord de Partenariat transpacifique en cours de négociation. Par ailleurs, la place grandissante de l’éducation privée entraine plusieurs conséquences négatives sur la situation éducative des pays, dont une culture de la ségrégation dans les faits des élèves sur la base de leur condition socioéconomique, de même que l’affaiblissement des institutions publiques d’éducation.

Le constat que les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et les objectifs de l’Éducation pour tous (ÉPT) ne seront pas atteints en a amené plusieurs à déplorer l’absence de volonté des gouvernements de consacrer à l’éducation les ressources financières nécessaires. Sur ce sujet, il a été souligné par plusieurs que les coupures dans les budgets en éducation, intensifiées depuis les crises financière et économique de 2008, posent un grand risque pour la poursuite d’une éducation équitable.

Dans l’ensemble, ces différents problèmes mettent au grand jour un choc des cultures entre des perspectives humaniste ou gestionnaire en éducation et ils constituent autant de terrains de lutte syndicale pour la défense d’une éducation publique de qualité ainsi que pour la reconnaissance de l’apport central des enseignants et des enseignants à l’atteinte de cet objectif.

Une profession enseignante sous tension

Ce conflit de valeurs entre une approche humaniste et une gestion technocratique de l’éducation n’est pas sans avoir des répercussions sur les enseignantes et les enseignants. Lors de la conférence de l’IE, des cris du cœur ont été exprimés par des enseignants et des enseignants de différents pays. Dans les plénières et dans les ateliers, enseignants et enseignantes ont mis en évidence la pression s’exerçant sur l’exercice de la profession, alors qu’ils et qu’elles doivent faire plus et encore mieux avec moins, tout en étant laissés à eux-mêmes et à elles-mêmes. En outre, ce contexte rend la profession enseignante moins attrayante pour de nouvelles générations, ce qui à moyen terme pourrait avoir des conséquences dramatiques sur le recrutement.

Par sa grande campagne politique « Uni(e)s pour l’éducation de qualité », l’IE entend remettre à l’avant-scène le rôle irremplaçable des enseignants et des enseignants dans l’existence d’une éducation de qualité et, à cette fin, l’organisation internationale fait valoir l’importance de recentrer les politiques éducatives en faveur d’un projet humaniste en éducation.

L’éducation des adultes, dans tout cela ?

Pour l’essentiel, les débats à la conférence de l’IE ont porté sur les défis de l’éducation des jeunes ainsi que des enseignantes et des enseignants de ce niveau d’éducation. L’éducation des adultes a peu été évoquée, sauf pour ce qui concerne le développement professionnel initial et continue des enseignants et des enseignants. Toutefois, dans une allocution, Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), a fait état que la persistance de l’analphabétisme chez les adultes constitue au Québec et dans plusieurs pays riches un indicateur éloquent des inégalités en éducation.

Adresse URL du site Web de la conférence de l’IE

http://pages.ei-ie.org/educonf/index.php/fr/