ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes
 

Analyse de l’ICÉA : des perspectives incertaines en éducation des adultes

Vendredi 16 octobre 2015 - ICÉA

Photo d'un atelier en éducation des adultes Sur les scènes fédérale et provinciale, les politiques adoptées par les gouvernements des dernières années ont et auront un profond impact sur l’éducation des adultes. Par exemple, au Québec, l’atteinte de l’équilibre budgétaire s’accompagne d’une politique de réingénierie et de recentrage de l’État.

Des décisions ont été prises par le gouvernement l’an dernier, d’autres le seront dans l’année à venir. Réduction ou abolition de financement, recadrage ou élimination de structures, questionnement de la pertinence d’organisations, redessinent le paysage de l’éducation des adultes, alors que déjà des organisations vivent des situations de grande insécurité financière. Sans contredit, un temps d’incertitude et de précarité caractérise le contexte créé par les politiques gouvernementales.

Déjà, mises à pied et abolitions de services annoncent, pour l’année à venir, une réduction de l’offre d’éducation des adultes chez plusieurs organisations et institutions. La situation de l’ICÉA est un exemple de l’impact bien réel des décisions prises : réduction des deux-tiers du financement, fermeture de sept postes, déménagement dans des espaces plus restreints, recentrage des actions sur certains éléments de la mission.

Du côté fédéral, une déclaration d’organisations et de chercheurs, publiée à l’occasion de l’élection fédérale, souligne le retrait du soutien du gouvernement canadien à l’alphabétisation et au développement des compétences. Ce désengagement a un impact direct sur l’éducation des adultes : des organisations ont mis fin à leurs activités, certaines populations vulnérables sont exclues de programmes, l’éducation des adultes souffre d’un sous-investissement chronique, des mises à pied et l’abandon de services sont de plus en plus fréquents, etc. Les signataires de cette déclaration, dont l’ICÉA, craignent que le gouvernement fédéral ne tourne le dos aux centaines de milliers de personnes faiblement alphabétisées. Plus de 70 personnes et organisations ont appuyé la déclaration, provenant de toutes les régions du Canada, témoignant ainsi d’une inquiétude largement partagée.

Vers une marginalisation de l'éducation des adultes?

Pourtant, depuis les années 1990, l’éducation des adultes a gagné en reconnaissance, notamment, dans la foulée de l’appropriation grandissante par les États de la perspective de l’éducation et de l’apprentissage tout au long de la vie, comme principe directeur des politiques en éducation. La déclaration de la cinquième conférence internationale de l’UNESCO sur l’éducation des adultes (CONFINTEA V), en 1997, apparait de nos jours comme un point culminant d’une prise de conscience de la place stratégique de l’éducation des adultes dans les politiques publiques, en éducation et dans plusieurs secteurs du développement social, culturel et économique. Au Québec, l’adoption en 2002 d’une Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue marque un moment important dans la reconnaissance de l’éducation des adultes, qui devenait l’un des piliers de l’action de l’État québécois en éducation, en complément de l’éducation initiale des jeunes.

Signe avant-coureur des difficultés présentes, il y a quelques années, l’UNESCO appelait à passer « de la rhétorique à l’action», expliquant que les politiques traçaient la voie, mais que les actions concrètes des gouvernements ne suivaient pas. La faible place accordée à l’éducation des adultes dans le nouveau Programme d’action pour la période 2015-2030, adopté par l’Assemblée générale des Nations-Unies en septembre de cette année, laisse entendre que nous entrons peut-être dans une période où, dans les politiques publiques, même une rhétorique favorable à l’éducation des adultes est mise en danger. L’Assemblée mondiale d’éducation des adultes de juin 2015 et l’Assemblée générale du Conseil internationale d’éducation des adultes qui l’a suivie ont été l’occasion de constater que l’éducation des adultes demeure marginalisée dans les politiques publiques de plusieurs pays et à l’échelle mondiale, malgré sa nécessité. Dans les années à venir d’autres reculs risquent de se produire. La situation des politiques d’éducation des adultes au Québec et au Canada confirme cette tendance.

L’impact des décisions gouvernementales

Ces changements dans les politiques freinent le développement des organisations et des institutions en éducation des adultes. Plutôt que d’innover, ces organisations mobilisent une part importante de leur temps et de leurs ressources à assurer leur survie financière, à identifier les services à abandonner, à préparer de nouvelles mises à pied, etc. Au final, cette période de bouleversements fragilise la capacité des organisations actives en éducation des adultes à répondre aux besoins et à la demande d’apprentissage des individus et à adapter leurs services à la disponibilité et aux conditions de ceux-ci. Dans un contexte si exigeant en matière de connaissances et de compétences, l’affaiblissement de l’infrastructure d’éducation des adultes sera lourd de conséquences pour le développement du Québec, de ses entreprises, de ses régions et de sa population.

Définitivement, l’année qui débute implique une grande vigilance afin que les décisions déjà prises et celles à venir ne mènent pas à de nouveaux reculs en matière d’éducation des adultes au Québec, que ce soit à titre de levier pour la justice sociale et l’égalité des chances des personnes faiblement alphabétisées ou scolarisées, la mobilité sociale de ceux et celles qui comptent sur l’apprentissage pour améliorer leur vie et leur employabilité et le développement individuel et collectif. Le droit à l’éducation pour toutes et tous demeure une base nécessaire du développement des individus et des sociétés. La conjoncture de l’année 2015-2016 rappelle que le respect de ce droit implique de créer des conditions matérielles permettant son exercice effectif.