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Institut de coopération pour l'éducation des adultes
 

Poursuite de l’enseignement à distance dans les cégeps : des défis et des solutions

Illustration de la formation à distanceTous les cégeps prêts le lundi 6 avril?

Selon la Fédération des cégeps qui représente les 48 collèges publics du Québec, tous les cégeps ne seront pas prêts à offrir leurs cours à distance dès le lundi 6 avril (Le Soleil, 28 mars 2020). Un point de vue que partagent différents syndicats qui représentent les enseignantes et les enseignants du réseau collégial. 

Dans un article publié par Le Soleil (28 mars 2020), le représentant de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), Yves de Repentigny, estimait que la « vaste majorité » des cégeps ne serait pas prête d’ici le 6 avril. Le représentant de la FNEEQ souligne les défis, notamment technologiques, qui attendent les enseignantes et les enseignants du réseau collégial. « Certains professeurs sont des pros de l'informatique, mais d'autres partent de zéro. Transférer tous leurs cours en ligne, avec des systèmes de vidéoconférence qu'ils ne maîtrisent pas, est ardu », affirmait Yves de Repentigny au quotidien Le Soleil. 

De nombreux défis à relever

La volonté exprimée par le gouvernement et les établissements d’enseignement de reprendre à distance les cours de la session d’hiver suppose de relever de nombreux défis technologiques, pédagogiques et humains. 

Au plan technologique, citons l’utilisation de différentes plateformes d’apprentissage ou collaboratives ainsi que de logiciels de vidéoconférence. L’utilisation de ces outils numériques sera non seulement intensive, mais elle commandera également un certain degré de maîtrise de la part de toutes les personnes concernées (étudiantes, étudiants et responsables de l’enseignement). 

Au plan pédagogique, la reprise à distance suppose un important travail de transformation des plans de cours et d’adaptation du matériel et des outils qui ont initialement été conçus pour des cours donnés en présence. Dans un monde idéal, la prudence voudrait que ce travail soit effectué en collaboration avec des personnes qui ont développé une expertise en formation à distance et qui pourraient conseiller l’utilisation d’outils accessibles et la mise en œuvre de pratiques adaptées. Mais la situation actuelle n’a rien d’idéal : elle commande plutôt d’agir rapidement.

Au plan humain, il faut tenir compte des obstacles liés aux conditions de participation. Par exemple, la personne dispose-t-elle du matériel informatique nécessaire? A-t-elle accès à une connexion Internet à haut débit? Dans le cas contraire, sa participation pourrait être sérieusement compromise. 

Autre question primordiale : cette personne est-elle en mesure de suivre des activités d’enseignements diffusées en direct? Se rendre disponible pour assister (ou donner) au cours du mardi matin, 9 h, dans une salle de classe, n’est en rien comparable avec l’obligation de suivre (ou de donner) ce même cours, le même jour à la même heure, dans un logement où on retrouve des enfants curieux et pleins d’énergie. Ce type de situation peut tout à la fois affecter les personnes apprenantes et responsables de l’enseignement. 

Surtout, ce type de situation peut être à la fois la source d’injustice et d’iniquité, comme le souligne Geneviève Lemoine, enseignante au Département de français et de littérature du collège Montmorency, dans une lettre ouverte adressée au quotidien Le Devoir (3 avril 2020) : 

« Certains de mes étudiants voudraient finir leur session, mais leurs parents ont perdu leur emploi et ils devront travailler à temps plein pour subvenir aux besoins familiaux. D’autres n’ont pas d’ordinateur à la maison. D’autres partagent un seul ordinateur avec des parents en télétravail ou une fratrie suivant également des cours à distance. Ainsi, il y aura ceux qui auront le luxe de terminer leur session et les autres pour qui ce sera impossible. Soyons honnêtes : le retard (voire l’échec) de ces étudiants sera essentiellement lié à leur situation socioéconomique. Belle justice que celle de l’iniquité. » (Lemoine, 2020)

Finalement, et compte tenu de la progression des cas de coronavirus au cours des dernières semaines, il faut s’attendre à ce que de nombreuses personnes soient incapables de se rendre disponible pour apprendre dans les prochaines semaines, soit parce qu’elles sont malades soit parce qu’elles s’occupent d’une personne malade.

Il s’agit là de cas particuliers dont il est impossible d’évaluer le nombre. Mais ces cas ne sont pas hypothétiques : ils vont assurément se produire. Voilà pourquoi, il importe de faire preuve d’une grande flexibilité dans l’offre de formation à distance que les cégeps du Québec sont actuellement à construire.

En conclusion : des pistes de solutions des syndicats et des associations étudiantes

Les syndicats proposent des principes pour orienter les décisions à venir

Devant l’urgence de la situation, les syndicats du regroupement cégep de la FNEEQ-CSN ont adopté récemment un document qui propose une série de principes destinés à guider la planification de la formation à distance (FNEEQ-CSN, 2020).

Deux principes énoncés dans ce document attirent l’attention de l’ICÉA. D’une part, il est demandé aux établissements de reconnaître que « les enseignantes et les étudiantes doivent composer avec les défis de la conciliation travail-famille ou études-famille en assurant la garde de leurs enfants ou le soutien de parents en situation de vulnérabilité ». D’autre part, il est réclamé que les étudiantes, les étudiants et les responsables de l’enseignement ne soient « pénalisés d’aucune façon, s’ils ne sont pas en mesure de faire ou de donner suite à toute formation à distance qui pourrait être mise en place, et ce, peu importe le motif, de leur refus ou de leur incapacité. (FNEEQ-CSN, 2020) »

Les syndicats soulignent par ailleurs la diversité des formules pédagogiques qui se présentent comme des alternatives à l’enseignement en présence (lectures, travaux, évaluation, forums ou lieu virtuel d’échanges, capsules vidéo, etc.) ainsi que l’importance de laisser aux responsables de l’enseignement la liberté de choisir ou de déterminer les moyens à prendre.

En ce qui concerne la planification de l’offre de formation à distance, les syndicats estiment qu’elle doit se « faire en concertation avec les départements afin notamment d’identifier les méthodes pédagogiques et d’évaluation raisonnablement envisageables pour la ou les disciplines de leur département dans le contexte actuel et en tenant compte des contextes d’enseignement différents » (FNEEQ-CSN, 2020).

Les associations étudiantes proposent des bonnes pratiques au ministre

L’Union étudiante du Québec (UEQ) et la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente (FAEUQEP) ont pour leur part fait parvenir au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MÉES) un cahier de recommandations où elles proposent des « bonnes pratiques » permettant de répondre à la diversité des besoins des étudiantes et des étudiants des cycles supérieurs.

Dans ce document, ces associations se prononcent notamment sur les modalités alternatives permettant de poursuivre les activités d’enseignement à distance. Comme le soulignait en entrevue téléphonique la présidente de la FAEUQEP, Andréanne St-Gelais, il est essentiel d’utiliser des modalités asynchrones pour assurer la poursuite des cours de la session d’hiver. « À titre d’exemple, peut-on lire dans le document cosigné par l’UEQ et la FAEUQEP, les séances de cours devraient être enregistrées pour permettre aux personnes qui vivent une situation particulière d’écouter la séance au moment qui leur convient le mieux. » (UEQ et FAEUQEP, 2020)

On en revient à la difficulté de suivre des activités d’enseignement uniquement diffusées en direct que pourraient éprouver certaines personnes apprenantes. Sachant cela, et compte tenu des possibilités offertes par les technologies numériques actuelles, le mot d’ordre devrait être d’enregistrer toutes les activités d’enseignements diffusées en direct afin qu’il soit ultérieurement possible de partager ces enregistrements avec l’ensemble des personnes concernées.

L’UEQ et la FAEUQEP soulignent par ailleurs dans leur document l’importance de fournir l’accès au matériel et aux logiciels informatiques nécessaires à la participation à distance des étudiantes et des étudiantes. Il s’agit là d’une condition de participation incontournable. 

Le cahier de recommandations de l’UEQ et de la FAEUQEP se prononce également sur les méthodes de notation, le soutien psychologique ainsi que différents sujets de nature financière (résidences, fonds d’urgence, facturation).

Référence

FNEEQ-CSN (2020). Principes devant guider la planification de la formation à distance, FNEEQ, 24 mars 2020, 2 p. [En ligne] Consulté le 31 mars 2020.

Lemoine, Geneviève (2020). « Nous mettons en péril la crédibilité du système scolaire », Idées, Le Devoir, 3 avril 2020. 

UEQ et FAEUQEP (2020). Recommandations de bonnes pratiques, document soumis au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur par l’Union étudiante du Québec (UEQ) et la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente (FAEUQEP), mars 2020, 13 p. [Non publié]