Dans le prolongement de la Journée internationale de l’éducation, l’UNESCO a organisé, le 26 janvier 2026, un webinaire consacré à la manière dont les villes peuvent faire de l’apprentissage tout au long de la vie une orientation politique structurante. L’événement ne visait pas à présenter des initiatives en détail, mais plutôt à exposer les visions et ambitions portées par des villes récemment admises au Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO (Global Network of Learning Cities, ou GNLC). 

 

Début du webinaire 

Isabelle Kempf, représentante de l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie (UNESCO Institute for Lifelong Learning, ou UIL), a ouvert la session en rappelant l’objectif principal du Réseau mondial des villes apprenantes : offrir à toutes les personnes, à tout âge, des opportunités d’apprentissage. L’ampleur du mouvement des villes apprenantes montre qu’il y a un intérêt global croissant pour l’apprentissage tout au long de la vie. L’UIL a souhaité réunir de nouvelles villes du Réseau autour d’une question directrice : que se passe-t-il – et que devient-il possible – lorsque les villes placent l’apprentissage tout au long de la vie au cœur de leurs politiques publiques ? 

 

Situation actuelle du Réseau mondial des villes apprenantes   

À la suite de l’intervention de Mme Kempf, Mo Wang, spécialiste du Réseau mondial des villes apprenantes, a présenté un aperçu des évolutions récentes du réseau. En 2025, 72 nouvelles villes ont rejoint le Réseau, issues de 12 pays participant pour la première fois. Le Réseau compte désormais 425 villes réparties dans 91 pays. Les données partagées témoignent d’un fort niveau d’engagement des villes membres : 

  • 91 % ont formalisé leur engagement en faveur de l’apprentissage tout au long de la vie à travers des stratégies concrètes et une planification à long terme.  
  • 86 % ont mis en place une instance de gouvernance dédiée (ex. : un comité) pour piloter ces politiques.  
  • 93 % développent des actions ciblant les populations marginalisées ou défavorisées.  
  • 87 % intègrent des initiatives spécifiques en faveur de l’égalité de genre. 

 

Parmi les avantages du Réseau figurent l’apprentissage entre pairs, la participation à des activités internationales et le partage de bonnes pratiques. L’UNESCO prévoit aussi la création d’une académie pour le Réseau à Shanghai, destinée à former, une semaine par an, les délégué·es des villes membres, ainsi que le lancement de nouvelles séries de webinaires et de réunions d’intégration pour les nouveaux membres. 

 

Présentations des nouvelles villes du Réseau 

Les interventions de douze villes récemment admises au Réseau mondial des villes apprenantes de l’UNESCO, issues de toutes les régions du monde (Afrique, Europe, Moyen-Orient, Asie centrale et orientale, Amérique latine), ont suivi la présentation de Mme Wang. Représentées par des maire·resses ou des responsables municipaux·les, ces villes disposaient chacune d’un court temps de parole (trois minutes seulement), les invitant moins à une description exhaustive des politiques locales qu’à une mise en perspective des priorités stratégiques et des orientations en matière d’apprentissage tout au long de la vie. 

 

Les interventions des villes ont fait apparaître plusieurs tendances communes, notamment :  

 

Une vision élargie de l’éducation 

Toutes les villes partagent l’idée que l’apprentissage ne se limite ni à l’école ni à la jeunesse. L’éducation est envisagée comme un processus continu, s’inscrivant tout au long de la vie des individus et mobilisant des espaces variés (centres communautaires, lieux culturels, espaces publics, dispositifs numériques). 

 

L’inclusion comme priorité centrale

Les stratégies présentées ciblent de manière récurrente les publics marginalisés ou sous-représentés : femmes, jeunes en rupture scolaire, personnes issues de milieux défavorisés, migrant·es, personnes âgées ou en situation de handicap. L’apprentissage est conçu comme un levier de réduction des inégalités sociales et économiques. 

 

Un lien étroit entre apprentissage et employabilité 

Un grand nombre d’initiatives visent le développement de compétences professionnelles, la requalification des travailleur·euses et la création d’opportunités économiques, notamment à travers la formation professionnelle, l’entrepreneuriat local ou les compétences numériques. 

 

Un ancrage territorial et des partenariats 

Les villes insistent sur la nécessité de construire des écosystèmes locaux d’apprentissage, fondés sur des partenariats entre autorités publiques, société civile, écoles, universités et secteur privé. La gouvernance multi-acteurs apparaît comme une condition clé de la durabilité des politiques mises en œuvre. 

 

La prise en compte des défis globaux 

Plusieurs interventions intègrent explicitement des enjeux transversaux, tels que les changements climatiques, la résilience urbaine, la cohésion sociale ou l’inclusion numérique, montrant que l’apprentissage tout au long de la vie est mobilisé comme un outil de réponse à des défis sociétaux plus larges. 

 

Toutefois, au-delà de ces convergences, certaines villes se sont distinguées par des choix stratégiques ou des dispositifs particulièrement marquants : 

  • Lisbonne (Portugal) se démarque par une approche systémique et très structurée, fondée sur la cartographie, la géolocalisation et la reconnaissance des opportunités d’apprentissage informelles, ainsi que sur l’usage des microcertifications pour rendre visibles des compétences jusqu’alors non reconnues. 
  • Chihuahua (Mexique) met l’accent sur les sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM ou STEM en anglais) comme moteur d’inclusion sociale et de compétitivité économique, en ciblant spécifiquement les quartiers défavorisés et en favorisant l’innovation par la collaboration entre universités, entreprises en démarrage (startups) et autorités publiques. 
  • Lusaka (Zambie) a adopté une vision holistique de l’apprentissage comme pilier du développement durable, en articulant formation professionnelle, inclusion sociale et sensibilisation aux changements climatiques dans une logique d’écosystème urbain global. 
  • Bayangol (Mongolie) se distingue par son orientation vers l’autonomisation économique, notamment celle des femmes, à travers la création de microentreprises et le développement d’environnements d’apprentissage accessibles aux personnes en situation de handicap. 
  • Casablanca (Maroc) met en avant des dispositifs de rattrapage et de réintégration, tels que l’« école de la seconde chance », visant des publics très éloignés des systèmes éducatifs classiques, tout en intégrant le développement de compétences sur les enjeux climatiques pour les professionnel·les de l’éducation et de la ville. 
  • Hull (Royaume-Uni) et Ankara (Turquie) ont plutôt illustré le rôle de l’apprentissage tout au long de la vie comme outil de transformation des politiques locales, que ce soit dans un contexte de renouvellement de la gouvernance ou à travers le développement de centres communautaires favorisant à la fois l’employabilité et l’insertion sociale. 

 

 

Ce webinaire a donc mis en évidence la progression d’un référentiel commun autour de l’apprentissage tout au long de la vie, porté par des villes aux contextes très divers, mais réunies par une même ambition politique. Les interventions ont également montré que, si cette vision fait largement consensus, sa traduction opérationnelle reste étroitement dépendante des capacités institutionnelles, des partenariats locaux et des priorités propres à chaque ville. Ainsi, le Réseau mondial des villes apprenantes apparaît moins comme un modèle prescriptif que comme un espace de convergence, de légitimation et d’apprentissage entre pairs, offrant aux villes un cadre commun pour structurer, renforcer et rendre visibles leurs orientations en matière d’apprentissage tout au long de la vie. 

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