ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes

L’ICÉA commente le récent rapport du CSE sur l’éducation et la Covid-19

Page couverture avis conseil Le système éducatif québécois en contexte pandémique : constats sur l’éducation des adultes dans le rapport sur l’état et les besoins de l’éducation du Conseil supérieur de l’éducation et liens avec les analyses et les recommandations formulées par l’ICÉA

Le 25 novembre dernier, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a dévoilé son rapport sur l’état et les besoins de l’éducation 2020-2021 : Revenir à la normale ? Surmonter les vulnérabilités du système éducatif face à la COVID-19. De plus, le 2 décembre, il a présenté publiquement son rapport dans le cadre d’un lancement virtuel.

Dans cet article, nous présentons, tout d’abord, quelques éléments sur la structuration et le contenu du rapport. Puis, nous nous intéressons aux constats qui y sont tirés concernant l’éducation des adultes et les pistes d’action proposées. Enfin, nous nous penchons sur les liens entre ces éléments et les recommandations formulées par l’ICÉA depuis le début de la pandémie de COVID-19, notamment dans deux déclarations (ICÉA, 2021, 2020)[1], dont une qui découle d’une consultation menée auprès de réseaux en alphabétisation et en formation générale des adultes (ICÉA, 2021).

  1. Présentation du rapport

À partir de témoignages reçus dans le cadre d’une consultation auprès d’organismes partenaires de différents ordres et secteurs d’enseignement, le rapport du Conseil fait état d’enjeux et de problématiques rencontrés par ces organismes — et les populations qu’ils desservent — depuis le début de la pandémie de COVID-19. Il est également question dans le rapport d’apprentissages organisationnels tels que réalisés par ces mêmes organismes, c’est-à-dire d’adaptations, d’innovations et de transformations des pratiques. Parmi les organismes sollicités, 31 ont soumis des mémoires, dont plusieurs œuvrant dans le milieu de l’éducation des adultes.

Le rapport du Conseil est organisé en cinq chapitres. Les deux premiers chapitres posent un cadre de réflexions plus large sur les réponses qui ont été apportées à la pandémie par et dans le système éducatif, et les répercussions de celle-ci sur le système éducatif et ses acteurs. La notion de résilience est centrale dans cette réflexion. Les chapitres 3 et 4 rendent compte des résultats de la consultation menée par le Conseil, notamment les défis rencontrés sur le terrain, les transformations apportées aux pratiques et les propositions des organismes partenaires et des instances du Conseil comme la Commission de l’éducation des adultes et de la formation continue (CEAFC). Les enjeux soulevés par les organismes consultés ont été regroupés en six grandes zones de vulnérabilité du système éducatif, des vulnérabilités préexistantes, mais exacerbées par la pandémie, d’après le Conseil.

  1. L'organisation scolaire, l’offre de services éducatifs, la gouvernance et le pilotage de système ;
  2. Le financement de l’éducation ;
  3. Les pratiques pédagogiques et l’équité ;
  4. Le numérique et l’éducation à distance ;
  5. L’évaluation des apprentissages ;
  6. Le bien-être et la santé mentale.

Pour chacune de ces zones de vulnérabilité, une section est consacrée aux enjeux qui touchent à l’éducation des adultes. Les témoignages semblent provenir principalement des acteurs de la FGA, de la FP et, dans une moindre mesure, du secteur de l’alphabétisation. Outre une section portant sur le financement de l’éducation des adultes, le chapitre consacré aux apprentissages organisationnels, contrairement au précédent, n’est pas divisé selon les ordres et les secteurs d’enseignement.

Dans le dernier chapitre du rapport, des pistes d’action s’inscrivant dans trois grandes orientations sont proposées dans le dessein d’accroître la résilience du système éducatif québécois :

  • Privilégier les personnes soutenant le personnel, les élèves et la population étudiante dans l’adaptation au changement ;
  • Tirer profit des apprentissages organisationnels réalisés ;
  • Leadership du gouvernement : résister à la tentation du retour à la « normale » prépandémique.

 

  1. Constats concernant l’éducation des adultes

 

Après cette brève présentation du rapport, voyons à présent ce que les organismes du milieu de l’éducation des adultes qui ont été consultés ont mis en évidence pour les six zones de vulnérabilité du système éducatif (CSE, 2021 : 80-81), les apprentissages organisationnels qui ont été réalisés et les pistes d’action proposées par le Conseil.

 

Concernant l’organisation scolaire, l’offre de services éducatifs, la gouvernance et le pilotage de système :

  • Connaissance jugée insuffisante du milieu au MEES puis au MEQ
  • Manque d’autonomie pour l’adaptation des services aux besoins

Dans le rapport, on note des enjeux autour de la communication, de la gestion des mesures sanitaires et de la gestion du travail. On fait également état de certaines pratiques qui ont été expérimentées et appréciées. Une piste d’action vise justement à conserver certaines de ces pratiques.

« Développer et pérenniser le dispositif mis en place depuis le début de la pandémie pour favoriser la communication entre les ministères et les organisations ou les établissements » (CSE, 2021 : 112).

Une autre piste d’action concerne le besoin d’autonomie : « Définir les zones de responsabilités et les marges d’autonomie à chaque niveau de gestion du système éducatif et inclure la résilience dans les processus de gestion » (CSE, 2021 : 112).

 

Concernant le financement de l’éducation et de la formation des adultes :

  • Mode de financement désuet
  • Précarité du personnel enseignant en raison du mode de financement

Repenser le mode financement de l’éducation des adultes apparaît central.

« Le Conseil retient que le mode de financement de l’éducation des adultes va fortement désavantager ce milieu si les effets de la pandémie ne sont pas pris en compte dans les calculs. Une occasion s’offre d’adapter le financement à l’évolution des besoins de ce secteur » (CSE, 2021 : 91).

Dans les pistes d’action, la question du financement de ce secteur n’est pas abordée directement. Toutefois, il est question de revoir l’encadrement de la prestation de services éducatifs à distance.

« Normaliser et baliser la prestation de services éducatifs à distance : en collaboration avec les organisations syndicales, définir les tâches et s’assurer de statuts égaux pour les prestataires de services à distance et ceux en présence dans le cas d’une tâche équivalente » (CSE, 2021 : 112).

Il est également question du principe de subsidiarité :

« Renforcer la subsidiarité : donner une marge de manœuvre suffisante aux établissements scolaires, aux CSS et aux commissions scolaires pour moduler l’utilisation des fonds en fonction des besoins locaux » (CSE, 2021 : 112).

 

Concernant les pratiques pédagogiques et l’équité :

  • Vulnérabilités communes à tous les secteurs d’enseignement, soit les inégalités économiques et la fracture numérique

 

Dans le rapport, on reconnaît autant les bénéfices du numérique en éducation que les conséquences de son adoption sur certaines personnes.

« Le Conseil retient que l’importance accrue du numérique en éducation, notamment pour la formation à distance, réduit l’accès à l’éducation pour les personnes de faible statut socioéconomique. D’une part, étant donné l’importance du numérique dans notre société, assurer l’accès à celui-ci et permettre à tous les citoyens et les citoyennes de développer leurs compétences numériques doit être une priorité pour le système d’éducation et le gouvernement. D’autre part, les inégalités dans les apprentissages effectués pendant l’année 2020-2021 sont inévitables. Il est très important de faire un suivi de cette cohorte pour décrire et analyser les retards. Différents moyens permettent d’y remédier, mais exercer une pression sur le système éducatif pour les rattraper et atteindre les objectifs habituels n’en fait pas partie » (CSE, 2021 : 93).

 

Une piste d’action dans le rapport concerne l’équité et la formation au numérique.

« Assurer l’équité de l’éducation au numérique pour tous les apprenants et apprenantes inscrits dans les établissements privés et publics » (CSE, 2021 : 112).

 

Concernant le numérique et la formation à distance :

  • Grande diversité des profils et des besoins des élèves
  • Grande diversité des niveaux de compétence numérique

En plus de ces vulnérabilités, on mentionne dans le rapport que l’éducation des adultes « ne bénéficie pas d’une grande tradition d’enseignement et d’apprentissage à distance, même si la clientèle adulte pourrait en bénéficier pour que soit facilitée la conciliation travail-famille-études » (CSE, 2021 : 66). Une affirmation qui, à certains égards, peut paraître surprenante si on pense à l’histoire de certains secteurs de l’éducation des adultes et à la multitude d’initiatives de formation à distance expérimentée depuis la mise en place en 1946 du Service des cours par correspondance jusqu’à la création en 1972 de la Télé-Université, aujourd’hui l’Université TÉLUQ.

Il ressort de la consultation que l’intégration du numérique est généralement vue d’un bon œil et qu’elle doit se poursuivre, mais que cela ne peut se faire sans des investissements de différentes natures.

« Le Conseil retient que les organismes consultés souhaitent continuer l’intégration du numérique à l’éducation dans un contexte où cette intégration a connu une forte accélération. Réussir ce virage demandera des ressources, du temps, de la formation, de l’accompagnement et du soutien technique. Cette évolution du système éducatif est nécessaire dans une société́ de plus en plus numérique » (CSE, 2021 : 95).

Dans les pistes d’action du rapport, un élément concerne spécifiquement la formation du personnel enseignant.

« Bonifier l’offre de formation continue ainsi que d’accompagnement pédagogique et pédagonumérique au personnel enseignant, à tous les ordres et dans tous les secteurs du système éducatif, et prévoir le temps nécessaire pour la formation dans les tâches. Les parents pourraient bénéficier d’une formation au numérique pour soutenir leurs enfants » (CSE, 2021 : 112).

 

Concernant l’évaluation des apprentissages :

  • Rigidité des conditions de sanction des études
  •  Recours insuffisant au jugement professionnel des enseignantes et des enseignants

À côté de ces vulnérabilités, des organismes consultés ont fait état de nouvelles pratiques d’évaluation qui ont été expérimentées : « Les fiches de verdict produites pour l’évaluation des élèves qui ne sont pas soumis aux examens traditionnels en FP sont aussi présentées comme un outil inédit qui demeurera après la crise » (CSE, 2021 : 71).

Un élément des pistes d’action concerne directement la question de l’évaluation des apprentissages : « Promouvoir l’utilisation de méthodes d’évaluation en soutien aux apprentissages, qui permettent l’intégration et la mise en pratique des connaissances et des compétences acquises » (CSE, 2021 : 112).

 

Concernant l’enjeu du bien-être et de la santé mentale :

  • Grande diversité des profils et des besoins des élèves
  • Grande proportion d’élèves en situation vulnérable requérant un encadrement important

Les organismes consultés ont mis en évidence une diversité d’enjeux et de problématiques vécus par les élèves et les étudiantes et les étudiants depuis le début de la pandémie ayant différentes causes :

« Les organismes liés à l’éducation des adultes ont constaté une hausse de l’anxiété chez leurs élèves, des problèmes d’abandon, d’absentéisme, d’assiduité et de persévérance ainsi que des difficultés d’apprentissage et de motivation. Les écueils rencontrés sont attribués à la conciliation travail-famille-études, aux difficultés d’apprentissage et au défi qui consiste à adapter l’enseignement à distance dans certains programmes et à certains groupes (tels que les élèves avec des besoins particuliers, les personnes ayant un faible niveau de littératie, les nouveaux arrivants et arrivantes, les personnes inscrites en alphabétisation ou les élèves des programmes d’insertion socioprofessionnelle). On insiste sur l’importance de la relation pédagogique pour ces adultes jugés vulnérables » (CSE, 2021 : 78).

Il est question du bien-être et de la santé mentale des élèves et des étudiantes et étudiants, mais également de tous les acteurs (enseignantes et enseignants, directions d’établissement, etc.) et des ressources et services nécessaires.

« Le Conseil retient que la pandémie, après avoir affecté la santé mentale de tant de citoyennes et de citoyens, aura au moins mis en lumière l’importance capitale du bien-être dans les milieux éducatifs. Doter les établissements des ressources nécessaires pour le soutien d’une bonne santé mentale est une priorité des ministres concernés. Il pourra toutefois s’avérer difficile de fournir les services nécessaires en contexte de pénurie de personnel. Il sera également important de conserver à long terme, aussi longtemps que nécessaire, les ressources ajoutées depuis le début de la pandémie » (CSE, 2021 : 99).

En plus des vulnérabilités qui touchent spécifiquement l’éducation des adultes, le rapport du conseil fait aussi état de vulnérabilités qui touchent tous les ordres et les secteurs d’enseignement (voir le tableau 1 ci-dessous).

 

Tableau 1 : Vulnérabilités qui touchent les différents ordres et secteurs d’enseignement

Vulnérabilités

Enjeux systémiques

L'organisation scolaire, l’offre de services éducatifs, la gouvernance et le pilotage de système

  • Communication gouvernementale
  • Lourdeur de la tâche du personnel éducatif
  • Lourdeur de la gestion
  • Conventions collectives mal adaptées au travail et à l’enseignement à distance

Le financement de l’éducation

  • Financement imprévisible et insuffisant, dans un contexte d’inégalités socioéconomiques
  • Équilibre à trouver entre souplesse, clarté et uniformité des services

Les pratiques pédagogiques et l’équité

  • Inégalités socioéconomiques
  • Fracture numérique

Le numérique et l’éducation à distance

  • Compétences numériques insuffisantes (techniques et relationnelles)
  • Manque de formation pédagonumérique
  • Grande variabilité dans les outils employés et l’intégration du numérique à l’éducation

L’évaluation des apprentissages

  • Recours généralisé aux modes d’évaluation indissociables de la surveillance en classe

Le bien-être et la santé mentale

  • Problèmes de santé mentale déjà trop présents chez les apprenantes et les apprenants comme chez les membres du personnel

Source : CSE, 2021 : 80-81.

 

  1. Analyses et recommandations de l’ICÉA

 

Plusieurs témoignages présentés et constats tirés par les organismes consultés par le Conseil font directement échos aux recommandations de l’ICÉA telles que formulées en 2020 et en 2021. On note aussi quelques différences, moins dans les thématiques abordées que dans l’angle d’approche. Les déclarations de l’ICÉA se concentrent davantage sur les problèmes et les défis à relever que sur les opportunités et les apprentissages organisationnels.

Dans le rapport du Conseil, il est question des enjeux de communication, notamment entre les ministères et les organisations ou les établissements, mais également de la communication avec les élèves. L’ICÉA soulevait également les enjeux de communication envers les populations adultes ayant de faibles compétences en littératie et recommandait :

2. c) Des communications claires et adaptées. Clarifier la communication des consignes sanitaires et des directives, assurer qu'elles répondent aux réalités de l'alphabétisation et de la formation générale des adultes et les simplifier pour qu'elles soient comprises des populations adultes ayant de faibles compétences en littératie (ICÉA, 2021 : 6).

 

En ce qui concerne le financement de l’éducation des adultes, l’ICÉA recommandait aussi de le repenser :

« 2.2 - Adapter les formules de financement des établissements du secteur scolaire formel de manière que les incidences de la COVID-19 (fréquentation, inscriptions, dépenses additionnelles, etc.) n’affectent pas à la baisse le financement de leurs activités à court, moyen et long terme » (ICÉA, 2020 : 4)

L’ICÉA suggérait aussi des mesures d’aides financières telles que le financement des « dépenses non récurrentes occasionnées par le respect des consignes de la santé publique et la prudence sanitaire » (ICÉA, 2020 : 4), des dépenses qui ont eu un impact marqué sur certains secteurs de l’éducation des adultes comme les organismes communautaires et populaires. Certaines recommandations visaient justement les organisations œuvrant à l’extérieur du secteur scolaire formel :

« 2.1 - Assouplir les modalités des ententes de financement conclues avec les organisations qui œuvrent hors du secteur scolaire formel afin de tenir compte des incidences négatives de la Covid-19, comme la fluctuation de la fréquentation et des inscriptions » (ICÉA, 2020 : 4).

Les propositions en matière de financement concernaient aussi l’offre de services spécialisés pour certaines catégories d’élèves :

2.3 – Accroître et élargir l’offre de services spécialisés destinée aux élèves en difficulté de la formation générale des adultes et de la formation professionnelle (ICÉA, 2020 : 4).

 

En ce qui a trait aux pratiques pédagogiques et l’équité, plusieurs recommandations de l’ICÉA visaient à réduire la fracture numérique et à s’assurer que l’enseignement en ligne n’accroisse pas les inégalités en éducation des adultes :

« RECOMMANDATION 6 Assurer l’accès aux services éducatifs et de formation, en particulier, à l’intention des personnes vivant des situations d’inégalités éducatives, sociales et économiques » (ICÉA, 2020 : 6).

Pour assurer cet accès, l’ICÉA recommandait notamment de :

« 6.1 - Mettre en place des mesures d’articulation entre les études, la famille et le travail adaptées aux circonstances uniques créées par la crise sanitaire chez les familles, en particulier, chez les familles monoparentales » (ICÉA, 2020 : 6).

Les recommandations de l’ICÉA allaient également dans le sens de s’assurer d’un accompagnement en présentiel pour répondre aux besoins de certains adultes en formation (ICÉA, 2021 : 6, 8).

 

Concernant le numérique et l’éducation à distance, ce qui est proposé dans les pistes d’action du rapport du Conseil rejoint les recommandations de l’ICÉA. Tout d’abord, concernant la formation au numérique, la recommandation de l’ICÉA était de :

« 3.5 - Soutenir et financer le développement de l’expertise numérique du personnel responsable de la poursuite de l’enseignement et l’apprentissage à distance dans les organisations de tous les secteurs (scolaires formelles, communautaires, populaires et autres), notamment par la formation professionnelle défrayée par l’employeur » (ICÉA, 2020 : 5).

Les recommandations de l’ICÉA ne se limitaient toutefois pas à la formation au numérique du personnel. Elles concernaient tous les adultes, dans une perspective d’apprentissage tout au long de la vie : « 3.7 - Financer le développement des compétences numériques de tous les adultes » (ICÉA, 2020 : 5).

En plus de la formation des individus, l’ICÉA recommandait également de financer l’achat d’équipements informatiques, de ressources numériques et de ressources d’apprentissage à distance, l’accès gratuit à des services Internet haute vitesse dans toutes les régions du Québec ainsi que le passage au numérique des organisations (ICÉA, 2021 : 7). Il proposait aussi de mettre en place un système de « prêt d’équipement informatique pour tous les adultes, notamment les personnes en situation économique précaire qui sont en formation » (ICÉA, 2020 : 5). Autant de mesures nécessaires pour que soit possible une autre recommandation, celle de « renforcer la capacité d’offrir à distance l’enseignement et la formation » (ICÉA, 2020 : 6).

 

Concernant l’évaluation des apprentissages, l’ICÉA recommandait au début de 2021 de relancer l’évaluation des apprentissages et la sanction des études « dans le but de gérer les retards et les possibles pertes d’acquis accumulés lors de la crise sanitaire » (ICÉA, 2021 : 7).

 

En ce qui a trait au bien-être et à la santé mentale, l’ICÉA recommandait des mesures visant le personnel (enseignant, professionnel et de soutien), les formatrices et les formateurs ainsi que les personnes en apprentissage.

« Porter attention à la santé psychologique et physique de l’ensemble des personnels à l’œuvre en alphabétisation et en formation générale des adultes ainsi que celle des personnes en apprentissage est déjà une urgence et le sera pendant plusieurs mois » (ICÉA, 2021 : 7).

 

Conclusion

Plusieurs constats et pistes d’action formulés dans le rapport du Conseil rejoignent les recommandations de l’ICÉA, notamment en ce qui concerne le financement à repenser de l’éducation des adultes, les enjeux d’équité, et particulièrement la prise en compte des effets du passage au numérique et à la formation à distance sur certaines catégories d’apprenantes et d’apprenants, ainsi que la formation et le développement de compétences numériques.

Cependant, dans le rapport du Conseil, on a souvent l’impression que l’éducation des adultes se limite à la FGA et à la FP. Par conséquent, l’adulte en formation dont il est question est principalement celui inscrit à la FGA ou à la FP plutôt que l’adulte comme apprenant tout au long de la vie qui participe à différents types de formations dans des contextes scolaires et non scolaires et qui réalise des apprentissages formels, non formels et informels. Il aurait été intéressant, en ce sens, de creuser davantage les réalités vécues dans les différents secteurs de l’éducation des adultes, pour voir les impacts (positif et négatifs) de la pandémie de COVID-19 autant sur la FGA et la FP que sur la francisation, l’alphabétisation et l’éducation populaire, les formations collégiales et universitaires offertes aux adultes, la formation continue en entreprise, etc. Par ailleurs, en se concentrant principalement sur les secteurs où l’État intervient, on laisse de côté tout un pan de l’éducation des adultes, notamment l’univers des plateformes numériques et des organismes et entreprises qui œuvrent dans ce secteur, lequel a pu réagir et s’adapter différemment à la pandémie de COVID-19.

Enfin, le monde de l’éducation des adultes a été affecté par la pandémie de COVID-19. En même temps, la pandémie a montré l’importance de l’éducation des adultes et de l’éducation et de la formation tout au long de la vie. Comme le soulignait l’ICÉA, l’éducation des adultes est une condition de la résilience des sociétés et de la sortie de crise.

« e) Le rôle des connaissances et des compétences des adultes pour atténuer les effets de la crise en cours n’a pas été reconnu par le gouvernement. La crise a fortement sollicité les connaissances et les compétences des adultes dans plusieurs domaines de la vie quotidienne, comme le numérique, les responsabilités parentales, la santé physique et psychologique, les finances personnelles, l’organisation du travail. Toutes et tous ont été laissés à elles-mêmes et eux-mêmes pour combler des lacunes dans ces différents domaines. Les acquis des adultes demeureront une condition du succès de la sortie de crise et conséquemment le gouvernement devra miser sur l’éducation des adultes » (ICÉA, 2021 : 9).

 

[1] ICÉA. (2021). Garantir le droit à l'éducation en temps de crise. Déclaration de l'ICÉA sur l'impact de la Covid-19 sur l'alphabétisation et la formation générale des adultes. Montréal : ICÉA. https://icea.qc.ca/sites/icea.qc.ca/files/IC%C3%89A_D%C3%A9claration%20Alpha%20et%20FGA_Mars%202021_0.pdf ; ICÉA. (2020). L’éducation des adultes pour une société résiliente. Déclaration et recommandations de l’ICÉA en lien avec la crise de la COVID-19. Montréal : ICÉA. https://icea.qc.ca/sites/icea.qc.ca/files/Covid-19_D%C3%A9claration%20et%20recommandations%20de%20l%27IC%C3%89A_0.pdf