ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes
 

Faire de l'éducation tout au long de la vie, une priorité dans les objectifs du millénaire post-2015

Mardi 6 août 2013 - ICÉA

logo call for action 2013 - françaisDans le cadre d'un appel du Conseil international pour l'éducation des adultes (CIÉA), l'ICÉA vient de transmettre une lettre au secrétaire général de l'ONU, Monsieur Ban Ki Moon pour plaider en faveur du droit à l'éducation tout au long de la vie comme priorité pour les objectifs du millénaire post-2015 pour le développement. L'appel lancé à la mi-juillet par le CIÉA a été suivi par de nombreuses lettres enprovenance surtout de l'Amérique latine et de l'Europe. On peut prendre connaissance de quelques lettres sur le site du Conseil. M. Ki Moon prépare actuellement un rapport sur la question pour l'Assemblée générale des Nations Unies qui se tiendra le 24 septembre prochain. On peut encore participer à cette campagne en accédant au site du Conseil international Par ailleurs, différents argumentaires ont été produits par le Conseil international sur la question. Nous les rendons disponibles ci-dessous.

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Votre excellence Monsieur Ban Ki Moon
Secrétaire général des Nations Unies
First Avenue at 46th Street, New York 10017, États‐Unis
Objet :    Objectifs du millénaire pour le développement et le programme de développement des Nations Unies au‐delà de 2015

Dans la dernière étape de l’élaboration de votre rapport concernant les Objectifs du millénaire pour le développement et le programme de développement des Nations Unies au‐delà de 2015, nous voulons partager les priorités de celles et ceux qui défendent le droit à l’éducation tout au long de la vie comme une clé pour la justice sociale et environnementale. Nous connaissons votre engagement concernant le droit à l’éducation que vous avez exprimé dans le cadre de l’Initiative Global Education First. Nous sommes convaincus qu’il occupera une place importante dans votre rapport final.

Actuellement, il  y a 780 millions de personnes analphabètes, dont les deux tiers sont des femmes; 51 millions d’enfants ne sont pas scolarisés; 240 millions de jeunes, qui ont terminé quatre années d’école, ne peuvent pas lire, écrire ou compter. Cette réalité, conjuguée au contexte de crises multiples, rend plus urgent que jamais la reconnaissance du caractère fondamental du droit à l’éducation, ainsi que des actions concrètes et immédiates pour le garantir. S’il s’agit de ne « laisser personne derrière », l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie sont des aspects inévitables, car ils représentent le seul moyen d’offrir une possibilité réelle au plus grand nombre de faire valoir leurs droits et d’exercer leur citoyenneté de manière active.

L’éducation, au‐delà du secteur formel et selon une vision globale et inclusive, contribue à l’élimination des inégalités et de la discrimination. Il faut dépasser les visions instrumentales de l’éducation qui la réduisent au marché et la dépouillent de sa fonction transformatrice et critique. Il faut préserver le caractère de bien public de l’éducation, sa nature inclusive nécessaire, sa gratuité et sa qualité. En conséquence, il faut aussi que le financement public soit suffisant. Une fonction clé de l’apprentissage des adultes est d’aider les gens à comprendre et à influencer les changements économiques qui les affectent. Il s’agit d’une exigence absolue si on vise une approche intégrée et cohérence du développement durable.

Par ailleurs, les objectifs doivent être assez ambitieux et larges pour ne pas réduire le droit à l’éducation tout au long de la vie à au seul apprentissage de la lecture, de l’écriture et de la capacité de compter. Aussi, les indicateurs doivent aller au-delà de la tendance réductionniste qui caractérise les Objectifs du millénaire. Ils doivent aller plus loin de l’éducation primaire. En ce sens, nous demandons que les nouveaux indicateurs fassent référence aux dimensions fondamentales du droit à l’éducation, tels que sa gratuité, son niveau de financement, l’existence d’un nombre suffisant d’enseignantes et d’enseignants préparés et sa capacité de contrer toute forme de discrimination en éducation et au-delà.

De la même façon, les indicateurs en éducation des adultes et des jeunes, au-delà des enjeux en  analphabétisme, doivent refléter l’ensemble des objectifs liés aux droits les plus importants en éducation : le plein développement des capacités personnelles, la préparation pour un travail décent, pour l’exercice de la citoyenneté et pour agir en convivialité pacifique, comme c’est signalé dans la Déclaration universelle des droits humains.

Nous soutenons l’éradication de l’extrême pauvreté et de la faim d’ici 2030. Cela constitue un impératif éthique pour toutes les nations du monde, pour la communauté internationale et le système des Nations Unis. Toutefois, ce ne sera possible qu’en s’attaquant aux causes profondes de ces maux ainsi qu’à la violence et aux inégalités. Le but du Programme de développement post‐2015 doit viser la réalisation des Droits humains, la justice et la dignité.

Pour y parvenir, la réalisation pleine du droit à l’éducation, à l’apprentissage tout au long de la vie et à l’éducation des personnes adultes, y compris l’alphabétisation des femmes et des filles, sont indispensables.

Nous proposons donc d'inclure les recommandations suivantes dans le rapport :

1.    Le droit à l'éducation et à l'apprentissage tout au long de la vie doit être reconnu. Nous croyons à des politiques de reconnaissance, de justice et d'inclusion pour le développement d'une vie pleine pour toutes les personnes. Les États doivent être tenus de garantir ce droit pour toutes et tous de façon égale et sans discrimination selon la race, l'origine ethnique, le sexe, l'âge et le statut économique.

La privatisation qui considère l'éducation comme une marchandise doit être éradiquée, de même que les conditions macroéconomiques qui sapent l'investissement dans l'éducation. Les mécanismes internationaux de surveillance et de suivi des engagements pris lors de la CONFINTEA VI sont essentiels pour penser à l'après‐2015.

2.    L'éducation des jeunes et des adultes est essentielle pour lutter contre la pauvreté et la violence intergénérationnelle ou basée sur le genre ou l’orientation sexuelle, pour atteindre une plus grande égalité et aborder les crises mondiales alimentaire, de l'énergie, de l'environnement et financière, pour la paix.

La violence silencieuse basée sur l'inégalité économique, sociale et culturelle est inacceptable. L'égalité des chances doit être une préoccupation centrale dans la réorientation de l'apprentissage et l'éducation des jeunes et des adultes, en mettant l'accent sur l'éducation des femmes.

3.    L'alphabétisation et l'apprentissage tout au long de la vie sont des éléments essentiels des Objectifs du millénaire pour le développement qui devraient être incorporés dans le droit à l'éducation et articulés à d'autres actions et politiques intersectorielles.

L'éducation des jeunes et des adultes, y compris l'alphabétisation, doit être clairement une priorité dans les cadres internationaux et les politiques gouvernementales nationales. Les États et les organisations internationales doivent démontrer une volonté politique claire et augmenter l'allocation des ressources en éducation des jeunes et des adultes. Ils doivent s'engager dans la formation des enseignantes, des enseignants et des professionnels qualifiés et assurer des conditions de travail appropriées.
4.    Il est essentiel d'opter pour des approches pédagogiques qui lient l'éducation à la transformation pour la justice sociale et environnementale. Ainsi, l'éducation populaire devient pertinente, dont la méthodologie, la vision de la citoyenneté, l'articulation de l'apprentissage avec l'environnement, l'autonomisation des acteurs sociaux a donné la vitalité à l'alphabétisation et à l'éducation liée à la vie et à d'autres types de développement avec une perspective durable et interculturelle.

5.    Il est essentiel de promouvoir le multiculturalisme, l'égalité, l'égalité des sexes, le lien entre la citoyenneté et la démocratie, le soin et la réaction en harmonie avec la nature, l'élimination de toutes les formes de discrimination, la promotion de la justice et la construction d'une culture de la paix et la résolution non‐violente des conflits.

Il importe d’agir pour mettre en place des cadres juridiques et des politiques, des structures et des mécanismes de gouvernance, ainsi que des mécanismes internationaux de surveillance et de suivi des engagements pris, clairs et appropriés, afin d'assurer le droit à l'éducation pour toutes les personnes.

En vous remerciant à l'avance de votre attention, nous vous prions d'agréer, Monsieur le Secrétaire général, l'expression de nos salutations distinguées.

Ronald Cameron
Directeur général