ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes
 

Budget du Québec 2019 : De nouvelles perspectives pour l’éducation des adultes?

Le budget du Québec

Le récent budget du Québec propose des investissements additionnels en éducation de 2,4 milliards $ sur cinq ans, dont 230 millions $ pour l’exercice 2019-2020. Globalement, les partenaires du milieu de l’éducation font un bon accueil à ces annonces. Cela dit, il importe de préciser que ces annonces concernent essentiellement le milieu formel de l’éducation des jeunes. Les investissements dédiés à l’éducation des adultes ou au milieux non formels demeurent pour leur part limités et peu visibles.

Évolution des dépenses en éducation et en enseignement supérieur

Comme l’illustre le tableau 1, les dépenses en éducation du gouvernement du Québec sont à la hausse depuis le désinvestissement de 2015-2016. Les données fournies par le Conseil du trésor révèlent des hausses respectives de 4,2 % en enseignement supérieur et de 7,5 % en éducation préscolaire et en enseignement primaire et secondaire. Même si l’augmentation des crédits pour l’enseignement supérieur s’avère plus faible, le plan d’ensemble suggère une volonté gouvernementale d’accroître la capacité d’action des différents ordres d’éducation et d’enseignement au Québec.

Évolution des dépenses en éducation, 2014-15 à 2019-20

Éducation préscolaire, primaire et secondaire

Sans surprise, la majeure partie des investissements additionnels annoncés en éducation sur cinq ans (1,7 milliards $ d’ici 2023-2024, dont 102 millions $ en 2019-2020) va au secteur des jeunes (tableau 2). 
À ce titre, un milliard $ sur cinq ans, dont 36 millions $ en 2019-2020, servira au déploiement de la maternelle 4 ans. 

Budget du Québec 19-20, tableau 2

Les autres investissements en éducation préscolaire et en enseignement primaire et secondaire vont à l’augmentation des activités parascolaires (21 millions $ en 2019-2020), le soutien à la réussite et à la persévérance (25 millions $ en 2019-2020) ainsi qu’à l’ajout de classes spécialisées (20 millions $ en 2019-2020). 

Services directs aux élèves

Le récent budget prévoit également une somme récurrente de 47 millions $ sur cinq ans (un total de 235 millions $ en 2023-2024) afin de favoriser l’augmentation des services de soutien professionnel directs aux élèves (voir le tableau 3). 

Budget du Québec 19-20, tableau 3

Il est cependant difficile d’établir si ces investissements viennent compléter ou remplacer ceux du précédent gouvernement libéral au chapitre de la réussite éducative. Rappelons que le budget de mars 2018 prévoyait l’embauche de ressources additionnelles pour accompagner les élèves. Selon les prévisions, à la fin de l’exercice 2018-2019, 2600 personnes de plus devaient fournir des services directs aux élèves du primaire et du secondaire et 500 autres devaient grossir les rangs du personnel de soutien aux élèves.

Enseignement supérieur et formation professionnelle

Le récent budget prévoit par ailleurs une somme récurrente de 54 millions $ sur cinq ans (un total de 269 millions $ en 2023-2024) afin de soutenir l’enseignement supérieur et d’appuyer les régions du Québec (voir le tableau 4). 

Budget du Québec 19-20, tableau 4

Il est intéressant de noter ici la régionalisation des investissements en enseignement supérieur : 29 millions $ par année pour bonifier le financement des cégeps et 15 millions $ par année pour soutenir les universités en région. Des précisions concernant les régions ciblées par cette mesure budgétaire seraient les bienvenues. 

Une somme de 5 millions $ par année est prévue pour favoriser l’adaptation de la formation aux besoins du marché du travail. À coup sûr, cette mesure s’inscrit dans la stratégie gouvernementale pour contrer la pénurie de main-d’œuvre et favoriser l’adéquation entre la formation et l’emploi. Il est à noter que les universités auront droit à 3 des 5 millions $ de cette enveloppe. 

Finalement, 5 millions $ par année iront au déploiement de mesures en formation professionnelle par les commissions scolaires. L’objectif est de soutenir « des actions concrètes qui favorisent notamment une double diplomation aux études secondaires et professionnelles (DES-DEP), l’apprentissage et la transition vers le marché du travail des élèves en formation professionnelle, le renforcement des structures régionales, de même que le développement de nouveaux modes de formation. » Budget québécois 2019, p. C.10

Alphabétisation 

L’alphabétisation ne fait l’objet d’aucune mesure spécifique dans le plan budgétaire du gouvernement Legault. Cependant, les données disponibles indiquent que le financement du Programme d’action communautaire sur le terrain de l’éducation (PACTE) a été bonifié. L’enveloppe du PACTE, la principale source de financement de la mission des groupes populaires en alphabétisation du Québec, s’élève désormais à 29,3 millions $, comparativement à 28,2 millions $ en 2018-2019. Ceci représente une augmentation de 4 %. 

Rappelons ici que le PACTE assure le financement de plusieurs organismes communautaires, dont les groupes populaires en alphabétisation, les organismes communautaires de lutte au décrochage, les organismes communautaires de formation continue et des écoles de la rue. Consultez les indicateurs de l’éducation de l'ICÉA pour en apprendre plus sur l’évolution du financement du PACTE.

Francisation 

La francisation ne fait pas l’objet de mesure directe dans le plan budgétaire du gouvernement Legault. Cependant, elle est citée à titre de moyen permettant de favoriser l’intégration des personnes immigrantes à la société québécoise et notamment au marché du travail. Le récent budget prévoit à ce titre une somme récurrente de 146 millions $ sur cinq ans (un total de 730 millions $ en 2023-2024) afin de mettre en œuvre un nouveau parcours d’immigration pour intégration réussie. 

Sous réserve de l’adoption du projet de loi n° 9 (Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes), ce financement permettra « d’élargir l’accès à toutes les personnes immigrantes, dont les travailleurs étrangers temporaires, à plusieurs programmes d’intégration et de francisation ». Budget québécois 2019, p. D.19

Formation et emploi

Le budget 2019 prévoit de nombreuses mesures en matière de formation liée à l’emploi. On y retrouve notamment la bonification du Programme de formations de courte durée privilégiant les stages dans les professions priorisées par la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT). L’objectif est de répondre aux besoins spécifiques du marché du travail en accordant un financement de 45 millions $ réparti sur quatre ans à partir de 2020-2021. 

Le budget 2019 propose également une enveloppe de 12,5 millions $ sur cinq ans pour développer l’offre de cours et de formations spécialisés en intelligence artificielle. L’objectif est de favoriser la qualification des personnes qui œuvrent ou qui étudient dans ce domaine. « L’aide financière sera octroyée à des organismes capables de répondre aux besoins des établissements d’enseignement et des entreprises ainsi que d’appuyer les formateurs sur l’ensemble du territoire. » Budget québécois 2019, p. D.38

Finalement, une somme de 5 millions $ sur cinq ans servira à soutenir la formation de la main-d’œuvre en milieu nordique, notamment à l’intention des autochtones. L’objectif est d’élaborer des « formations répondant à certains besoins particuliers sur le territoire » ou encore d’embaucher des « agents de liaison optimisant l’intégration des travailleurs autochtones au marché du travail ». Budget québécois 2019, p. F.22

Conclusion

Le premier budget du gouvernement Legault confirme le retour d’une certaine stabilité dans le financement dédié à l’éducation. Cependant, on y retrouve peu de mesures spécifiques destinées à l’éducation des adultes ou aux milieux d’éducation non formel. De même, les mesures proposées en lien avec la formation en milieu de travail contribuent peu à la mise en œuvre, dans les milieux de travail, de pratiques visant le développement continu des compétences des personnes. Les mesures citées aux paragraphes précédents illustrent bien le caractère ciblé des investissements faits par le gouvernement du Québec. Force est d’admettre que de nouvelles analyses seront nécessaires afin d’évaluer d’identifier les réelles perspectives de ce budget pour l’éducation des adultes.