ICEA

Institut de coopération pour l'éducation des adultes

Rendre compte des objectifs de développement durable 2030

Au sujet du Programme de développement durable à l’horizon 2030Éducation de qualité, ODD 2030

Intitulé « Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 », le programme de développement pour l’après-2015 a été adopté à l’issue du Sommet des Nations Unies tenu en septembre 2015. Ce programme couvre la période 2015-2030. Il comporte 17 objectifs de développement durable (ODD) qui se déclinent en 169 cibles. Il vise notamment à mettre fin à l’extrême pauvreté, à lutter contre les inégalités et les changements climatiques et à favoriser la paix, la prospérité et l’accès à l’éducation pour tous. 
 

Les indicateurs de l'ICÉA 

Le quatrième objectif du Programme est consacré à l’éducation : « Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Les objectifs 4.3 à 4.6 du Programme s’intéressent tout particulièrement à l’éducation des adultes. 
 
C’est en lien avec ces objectifs que l'ICÉA a développé huit indicateurs qui révèlent que :
  • une personne au Québec a de grandes ou de très grandes difficultés avec l’écrit;
  • plus de la moitié des adultes du Québec affichent des compétences en numératie faibles ou très faibles;
  • le coût d'un faible niveau de compétence en littératie correspondrait à 2 % du produit intérieur brut du Québec, ce coût représente des milliards de dollars de pertes;
  • la proportion de personnes n’ayant pas de diplôme d’études secondaires varie beaucoup selon le sexe et les régions du Québec;
  • les personnes vivant avec un handicap ou une maladie chronique affichent un niveau de scolarité inférieur à celui de la population en général;
  • plus de 300 000 adultes de 25 ans et plus participent à l’éducation formelle au Québec;
  • moins d’une personne sur deux au Québec a participé à une activité de formation non formelle en 2012;
  • plus de 86 % des adultes de 16 à 65 ans utilisent un ordinateur en dehors du travail.

 

Lire, écrire et compter

Trois indicateurs d’Apprendre + Agir rendent tout à la fois compte des compétences des adultes en littératie et en numératie ainsi que du coût de l’analphabétisme pour le Québec. Ces indicateurs sont liés à la cible 4.6 du Programme de développement durable à l’horizon 2030 : « faire en sorte que tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter ».
 
Littératie

 
Au Québec, au moins une personne sur cinq a de faibles ou de très faibles compétences en littératie : 19 % des 16 à 65 ans se classent aux niveaux 1 ou inférieur à 1 de l’échelle de littératie du PEICA (2012) et cette proportion grimpe à 26 % chez les 45 à 65 ans. Comme le soulignait Lire pour apprendre, comprendre et agir publié dans l’édition 2015 d’Apprendre + Agir, ces personnes se retrouvent dans une situation où il leur est nécessaire d’apprendre à lire pour pouvoir bien fonctionner dans notre société du savoir.
 
Les compétences en littératie sont par ailleurs à leur plus fort chez les adultes de 25 à 44 ans : 58 % des adultes de ce groupe se classent aux niveaux 3, 4 et 5 de l’échelle de littératie, comparativement à 36 % des 45 à 64 ans.
 
Numératie

 
Tout comme pour la littératie, une personne sur cinq au Québec a de faibles ou de très faibles compétences en numératie : 19 % des 16 à 65 ans se classent aux niveaux 1 ou inférieur à 1 de l’échelle de numératie du PEICA (2012); cette proportion grimpe à 30 % chez les 45 à 65 ans. Ici encore, les compétences en numératie sont à leur plus fort chez les adultes de 25 à 44 ans : 54 % des adultes de ce groupe se classent aux niveaux 3, 4 et 5 de l’échelle de numératie, comparativement à 34 % des adultes de 45 à 64 ans.
 
Coût de l’analphabétisme 

 
Selon la World Literacy Foundation, le coût de l’analphabétisme dans un pays développé correspond à une somme équivalente à 2 % de son produit intérieur brut. Ceci représente des pertes de l’ordre de 6 milliards de dollars américains pour le Québec et de 35 milliards américains pour le Canada. Par ailleurs, une analyse des données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) démontre qu’une hausse de 1 % du taux de littératie des adultes produit une augmentation permanente de 1,5 % du produit intérieur brut.
 

Les adultes à risques d’exclusion

Deux indicateurs d’Apprendre + Agir sont directement liés à la cible 4.5 du Programme de développement durable à l’horizon 2030 : « éliminer les inégalités entre les sexes dans le domaine de l’éducation et assurer l’égalité d’accès des personnes vulnérables […] à tous les niveaux d’enseignement et de formation professionnelle ». Par ailleurs, d’autres indicateurs, notamment ceux qui rendent compte des différences en matière de participation à l’éducation selon le sexe, sont indirectement liés à cette cible. 
 
Les adultes sans diplôme selon le sexe et les régions 

 
Les données disponibles concernant les proportions d’adultes de 25 à 64 ans sans diplôme font état de nombreuses disparités selon la région et le sexe de la personne. Au chapitre des disparités régionales, on observe un écart de plus de 15 % entre les régions de Montréal (9 %) et de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (26 %). À ce titre, les taux les plus faibles (inférieurs à 10 %) sont observés dans des régions comportant de grands centres urbains. Tandis que les taux les plus forts (supérieurs à 20 %) sont observés dans des régions rurales ou éloignées où l’on retrouve peu de grands centres urbains. 
 
Fait encourageant, les pourcentages d’adultes de 25 à 64 ans sans diplôme ont considérablement diminué entre 2000 et 2015 : la plus forte réduction a été observée dans les régions Côte-Nord et Nord-du-Québec avec 24 points de pourcentage de moins.
 
Au chapitre des disparités hommes-femmes, une majorité de régions du Québec (13 régions sur 17) compte plus d’hommes que de femmes sans diplôme (3,5 % d’écart moyen en faveur des femmes). Par ailleurs, les plus faibles taux chez les hommes et chez les femmes (inférieurs à 11 %) sont encore une fois observés dans des régions comportant de grands centres urbains. Tandis que les plus forts taux chez les hommes et les femmes (supérieurs à 20 %) sont observés dans des régions rurales ou éloignées où l’on retrouve peu de grands centres urbains.
 
Le niveau de scolarité des personnes vivant avec une incapacité

 
Selon l’Enquête québécoise sur les limitations d’activités, les maladies chroniques et le vieillissement (2010-2011), les personnes vivant avec un handicap ou une maladie chronique affichent un niveau de scolarité inférieur à celui de la population en général. En effet, 35 % des personnes de 15 ans et plus vivant avec une incapacité n’ont pas de diplôme d’études secondaires comparé à 18 % ou moins des personnes sans incapacité. 
 
De manière générale, on observe peu de différences entre les taux des hommes et des femmes. En revanche, le niveau de scolarité diminue en fonction de la gravité de l’incapacité de la personne : 30 % des personnes vivant avec une incapacité légère n’ont pas de diplôme contre 55 % chez les personnes vivant avec une incapacité grave.
 

L’accès et la participation à l’éducation et à la formation

Deux indicateurs d’Apprendre + Agir sont directement liés à la cible 4.3 du Programme de développement durable à l’horizon 2030 : « faire en sorte que les femmes et les hommes aient tous accès dans des conditions d’égalité à un enseignement technique, professionnel ou tertiaire, y compris universitaire, de qualité et d’un coût abordable ».
 
Les adultes à l'éducation scolaire formelle

 
Les données disponibles en matière de participation à la formation formelle (voir les indicateurs relatifs à la participation à l’éducation et à la formation des adultes) permettent d’estimer à plus de 300 000 le nombre d’adultes de 25 ans et plus qui participent à l’éducation formelle au Québec. À l’exception de la formation continue du collégial où ils représentent 65 % des effectifs, les adultes de 25 ans et plus constituent près de la moitié des personnes qui fréquentent les différents autres ordres de l’éducation formelle : 49 % en formation générale des adultes (FGA), 50 % en formation professionnelle (FP) et 47 % dans les universités. Finalement, c’est dans les universités que l’on retrouve le plus grand nombre d’adultes de 25 ans et plus.
 
Participation des adultes à l'éducation non formelle

 
Selon les données du PEICA (2012), moins d’une personne sur deux au Québec participe à une activité de formation non formelle (1) : en 2012, 46 % des adultes de 16 à 65 ans avaient participé à au moins une activité de formation non formelle au cours des douze derniers mois. Par ailleurs, les données recueillies révèlent que le taux de participation à la formation non formelle augmente significativement en fonction du plus haut niveau de scolarité atteint : d'environ 20 % pour les personnes sans diplôme, la participation à la formation non formelle passe à plus de 65 % pour les personnes ayant un diplôme d’études universitaires.
 
Finalement, le Québec se classe à l’avant-dernier rang des provinces canadiennes en matière de participation à l’éducation non formelle, 7 points de pourcentage en dessous de la moyenne canadienne (53 %).
 

Assurer le suivi des objectifs de développement durable 2030

Plusieurs autres fiches pourraient être développées en lien avec les objectifs de développement durable 2030. Le suivi de la cible 4.4 du Programme nécessite notamment le développement d’indicateurs relatifs aux compétences professionnelles nécessaires à l’emploi ou encore aux conditions qui favorisent l’accès à un travail décent.
 
Cela dit, les fiches présentées ici constituent un point de départ intéressant. Elles se fondent sur des données qui sont périodiquement mises à jour par de grandes enquêtes sur la population. Au cours des années à venir, l'ICÉA pourra donc compiler les nouvelles données et bonifier les fiches déjà construites. Il sera ainsi possible d’évaluer les progrès réalisés en matière d’éducation des adultes d’ici 2030. À ce titre, l'ICÉA se présent comme la seule organisation de la société civile désireuse de présenter un portait d’ensemble de l’évolution des objectifs de développements durables qui sont consacrés à l’éducation et la formation des adultes.
 
 
Note informative
1 L’éducation non formelle, elle est définie par l’UNESCO comme un type de formation dont «la principale caractéristique […] est qu’il constitue un ajout, une alternative et/ ou un complément à l’enseignement formel dans le processus d’apprentissage tout au long de la vie des individus» (UNESCO, 2013). Pour les besoins du PEICA, se décline selon quatre types d’activités d’apprentissage organisées : formation ouverte ou à distance, formation en cours d’emploi, cours ou leçons privés et séminaires ou ateliers. Pour en apprendre plus sur ces types d’activités, consultez le Rapport québécois du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (2012), chapitre 5, page 130.